Contexte général
Les inondations constituent un phénomène naturel du cycle hydrologique.
Elles s'avèrent nécessaires pour renouveler la fertilité du sol, car elles
déposent périodiquement de nouveaux nutriments et des sédiments fins. Mais
elles peuvent aussi causer la perte de vies, la destruction temporaire
d'habitats sauvages et des dommages permanents aux infrastructures
urbaines et rurales. Des inondations fluviales peuvent être causées par
l'endommagement des barrages humains ou naturels, la fonte
catastrophique de la neige ou la glace, la pluie,
l'engorgement des rivières par la glace et le ruissellement excessif de
l'eau de fonte au printemps.
Pourquoi la télédétection?
Les techniques de télédétection sont utilisées pour mesurer et effectuer le suivi de la
superficie de
l'inondation, pour orienter les secours de façon efficace et
pour fournir des évaluations quantifiables sur l'étendue des terres et
des infrastructures touchées. L'incorporation des données de télédétection dans
un SIG permet le calcul et l'évaluation rapides des niveaux d'eau, des
dommages et des régions en danger d'inondation. Les agences de prévision
d'inondations, les compagnies hydroélectriques, les organismes de
conservation, les urbanistes, les organismes de secours d'urgence et les
compagnies d'assurance utilisent tous ce type de données. L'identification et
la cartographie des plaines alluviales, des chenaux de rivières abandonnés
et des méandres sont importantes pour la planification des réseaux de
transports.
Exigences des données
Plusieurs utilisateurs des données de télédétection ont besoin
d'information durant une crise; ils ont donc besoin de données en temps réel.
Le délai de traitement et de livraison est moins important pour les
utilisateurs qui travaillent dans la modélisation hydrologique, dans les études
d'étalonnage et de validation, dans l'évaluation des dommages, et dans la
planification de moyens d'atténuation des inondations. Les inondations sont
habituellement de courte durée et surviennent généralement durant des périodes de
mauvais temps; les capteurs optiques qui normalement produisent
l'information utile pour cette application, deviennent alors inutiles, car ils ne
peuvent pénétrer la couche nuageuse. Pour cette raison, des capteurs
actifs RSO sont particulièrement importants pour la surveillance des
inondations. RADARSAT, en particulier, offre un intervalle très court entre le moment d'acquisition des données et la livraison au client. Les données RSO permettent de bien discerner les surfaces de terre des surfaces d'eau, ce qui permet la cartographie rapide des limites de
l'étendue des inondations. Les données RSO sont encore plus utiles quand elles sont
intégrées à une image acquise avant l'inondation puis présentées dans un
SIG contenant l'information cadastrale et les réseaux routiers.
Le Canada et les autres pays
Les exigences pour cette application sont semblables pour tous les pays.
Les inondations peuvent survenir partout dans le monde, sur les côtes ou à
l'intérieur des terres, et les conditions pour l'acquisition d'images sont
semblables. Le radar facilite la différenciation entre l'eau et la terre, et est
une source fiable d'images.
Étude de cas
En 1997, l'inondation canadienne la plus importante du vingtième siècle
envahissait les terres et les villes des États du Minnesota, du Dakota du Nord
et de la province du Manitoba. En date du 5 mai, 25 000 résidants avait été
évacués, et 10 000 autres étaient en état d'alerte. Le bassin de la rivière
Rouge, partant des États-Unis et s'écoulant vers le nord au Canada, a reçu
une quantité exceptionnelle de neige au courant de l'hiver et aussi,
beaucoup de pluie au mois d'avril. Ces deux facteurs, combinés à la
direction d'écoulement qui entraîne l'eau vers des régions plus froides et le
terrain très plat au-delà de la plaine alluviale, ont causé une inondation
record qui infligea des dommages importants aux habitations et aux propriétés, et
causa la perte de faune et de bétail. Pendant plusieurs semaines, les équipes
des secours, les résidants de la région et les médias ont surveillé l'étendue
de l'inondation, assistés par des techniques de la télédétection. Il était
impossible d'imaginer l'envergure de l'inondation à partir du sol, et même
les vidéos et les photographies aériennes n'étaient pas en mesure d'en montrer
l'étendue totale. Mais les images satellitaires ont illustré la
progression de l'inondation qui prenait d'abord la forme d'un ruban de 200 mètres de
largeur et se terminait par une mer large de 40 km. Les villes protégées par
les digues de sacs de sables paraissaient comme des îles dans la nouvelle
"Mer Rouge". Plusieurs autres localités ne s'en sont pas aussi bien tirées, et de nombreux
propriétaires de maisons et de commerces y ont tout perdu.
Les propriétaires des maisons, des commerces et des fermes endommagés ou détruites par l'eau ont réclamé des indemnités à leurs compagnies d'assurance. Les compagnies d'assurance ont eu recours aux données de télédétection délimitant l'étendue des inondations et aux bases de données des SIG pour identifier rapidement qui avait été directement touché et pouvait avoir droit aux compensations financières. Les gestionnaires des villes touchées ou menacées ont aussi utilisé les images pour étudier les sites où le renforcement ou la construction de nouvelles digues était nécessaire, ainsi que pour la planification résidentielle.
Les images des satellites RADARSAT et NOAA-AVHRR ont bien illustré
l'échelle et l'envergure de l'inondation. Le capteur AVHRR à bord du
satellite NOAA a fourni un
aperçu à petite échelle de toute la région
inondée, des lacs Manitoba et Winnipeg jusqu'aux frontières du Dakota du
Nord et du Sud. Quelques-unes des meilleures images ont été acquises
durant la nuit, dans les longueurs d'ondes de l'infrarouge thermique. La terre
sèche et froide paraît en tons plus foncés, tandis que l'eau (A), un peu plus chaude,
paraît en blanc. Des digues artificielles, telle la digue de Brunkild (B), ont
été construites rapidement pour prévenir l'écoulement de l'eau dans la partie sud
de la ville de Winnipeg. Cette dernière (C) n'est pas facilement
discernable sur l'image, mais on peut voir le canal de déviation (D), à l'est de la ville car il est rempli d'eau. Ce canal a été conçu pour détourner l'excès
d'eau de la rivière Rouge à l'extérieur des limites de la ville,
mais le canal n'a pu contenir tout le volume d'eau, il y a eu
refoulement et l'eau s'est répandue sur les plaines.
La capacité de
RADARSAT d'acquérir des images durant la nuit et les journées nuageuses et sa sensibilité aux différences entre la terre et l'eau lui ont permis de produire d'excellentes images de l'inondation. Sur cette image, l'eau (A) entoure complètement le village de Morris (B) que nous voyons comme un point brillant entouré d'eau foncée. Les régions inondées
paraissent très foncées sur l'image, car l'eau ne retourne pas beaucoup de
rayonnement incident vers le capteur. La ville possède cependant
plusieurs réflecteurs angulaires (les bâtiments) qui retournent une bonne
partie de l'énergie incidente vers le capteur.
Les voies de circulation sont encore visibles. On remarque une voie ferrée surélevée (C) allant du sud-ouest au nord-est. Les fermes qui n'ont pas été inondées (D) produisent une rétrodiffusion très variable, causée par le taux d'humidité dans le sol et la rugosité de la surface.
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